Déco nature, créations en bois flotté

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lundi 11 décembre 2006

A flots perdus nous envoie quelques photos

anubisw


Isisw
augurew

Posté par Sami17 à 20:41 - Vos idées à l'affiche ! - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    L'unissonnance

    Pour pénétrer dans ce lieu sauvage perdu aux confins de la Camargue, il faut être muni d’une carte magnétique, triste antagonisme que l’on oublie aussitôt la barrière ouverte.
    L’aventure commence par quelques kilomètres de piste sur les digues qui quadrillent les marais salants. Les oiseaux de mer, mouettes, aigrettes, cygnes, flamands, hérons, hirondelles de mer…. en multitudes de taches blanches, pullulent. Lorsque nous passons à côté d’eux, sans arrêter notre véhicule, ils se contentent - pudiques - de nous tourner le dos ; si nous nous arrêtons, ils s’envolent. Les flamands roses, les plus spectaculaires dans cet exercice aérien, emportent sous leurs ailes une palette de roses tendres et vifs qui illumine la grisaille environnante – ce gris, qu’enfant je n’aimais pas car synonyme de tristesse mais qui à mes yeux d’adulte, symbolise sérénité et beauté. Ce gris, est aujourd’hui fortement teinté d’un camaïeu de vert, la Camargue, en ce début de printemps - sous l’effet d’une pluie généreuse - est comme « lustrée » et semble renaître. Nous traversons un pont en planches puis frôlons un essaim de blockhaus, vestiges délabrés mais encore debout de la dernière guerre mondiale. Au loin, à demi-masquée par une ligne de dunes, apparaît une plage morcelée de digues aux flancs noirs, immense. Encore un petit effort - un nouveau un pont en planches, une pompe à eau hors d’usage qui servait à inonder les marais pour y récolter le sel - et nous y voilà. Une dizaine de bateaux de pêche se présentent à nous, amarrés à un port aussi minuscule que désert, nous le longeons pour aller garer notre véhicule à son extrémité. La mer est déchaînée, malgré la digue derrière laquelle nous marchons, des éclats de vagues viennent de temps à autre nous éclabousser. Une chaise en fer est posée en équilibre en bout de jetée, une photo, deux photos, nous posons chacun notre tour, puis commençons notre ballade à pied. Cette plage nous est inconnue, la découvrir pour la première fois est une sensation difficilement descriptible, quelque chose touchant à « la chasse au trésor », à la piraterie, aux pilleurs d’épaves, à l’aventure, à l’enfance, aux territoires vierges d’humain. Là, seule la trace de nos pas témoigne de notre passage, de notre existence, nous sommes les seuls, les premiers à fouler ce sable qu’à chaque passage la mer rebaptise. Le paysage est à la hauteur de nos espérances, une plage immense, immensément vide, une plage qui s’enfonce loin dans les dunes, séparée en deux par une non moins immense étendue d’eau que les vagues viennent alimenter comme autant de sources - un espace originel, épique, d’avant la création. En silence, nous avançons en nous penchant souvent sans être prédéterminés dans nos choix : certains bois flottés alourdissent nos sacs, d’autres pas. Leurs volumes, leurs volutes, la calligraphie de leurs écorces vermiculées ? Qu’importe ce qui nous interpelle en eux, nous glanons, avec à la fois mille idées en tête et le cerveau vide d’intentions, comme si l’unissonnance des vagues effaçait toute velléité de concentration. Ici, il n’est loisible que de lâcher bride, laisser ses pensées aller, vagabonder, flotter au gré du vent et des courants marins, grains de sables, grains de poussières, goutte d’eau salée, philosophie, poésie… face à la mer, l’unicité et la fragilité de notre condition humaine est prégnante, induits en sont les effets, les ressentir ne peux que rendre humble. Chemin faisant, nous rencontrons de grands arbres couchés, imposants, d’énormes troncs aux branches qui n’ont rien perdues de leurs majestés, certains à demi ensevelis dans le sable, d’autres, tels des squelettes d’animaux préhistoriques, échoués sur les digues. C’est le paradis des glaneurs ici, de nombreux bois flottés de petites et moyennes tailles, très ouvragés, s’offrent à nous, ainsi que d’autres matériaux bruts de mer : de la ferraille rougie par la rouille, des bouchons de liège devenus poreux, un antique flotteur incrusté de minuscules coquillages, un billot évidé, de la corde, un galet aux oranges fulgurants, et même une pancarte érodée que nous transportons avec son pilier incrusté de coquillages, de dunes en dunes, pour la déposer avec nos sacs sur le bord de la piste, avant de poursuivre, allégés, notre quête. Quelques minutes plus tard, la plage s’efface pour laisser place à une longue digue où il est inutile de chercher les bois. Sertis dans les blocs de rochers constamment douchés par les vagues, il est impossible de les retirer. Nous n’insistons pas et rebroussons chemin. Après avoir récupéré notre véhicule et rejoint notre lieu de stockage pour y charger notre précieuse récolte, nous décidons de changer de lieu. Destination : L’extrémité Est de la plage. Pour l’atteindre, quelques kilomètres de pistes dans les marais salants sont nécessaires. Rouler ainsi, au milieu de cet espace désertique est l’antithèse par excellence des autoroutes, agréable et reposant. Un phare bleu et blanc droit face à la mer, haut comme une montagne dans cet univers plat, cerbère du lieu, semble à lui seul incarner à la fois la fierté d’être debout dans l’adversité et le sentiment d’abandon. Des éclairs blancs par intermittentes jaillissent de son sommet de verre, les volets sont clos, la cour déserte, les dépendances aussi, plus personne n’habite en ce lieu oublié de tous, mais… qui pouvait donc vivre là ? Plus loin, sur notre passage, les flamands roses se montrent toujours aussi timides, se bornant à nous tourner le dos. Par jeu, je fais mine de m’arrêter, ils décollent alors et nous accompagnent sur quelques mètres pour un spectacle de toute beauté avant de s’éloigner définitivement. Nous roulons ainsi sans croiser âme qui vive pendant un quart d’heure jusqu’à ce que deux blocs de pierre barrent la piste et nous force à nous arrêter. Le marais s’est teinté de rose, de rouge sang par endroits ; ce qui subsiste d’un fortin moyenâgeux, une tour étêtée, quelques pans de murs en ruine, nous contemple. Nous faisons quelques pas pour grimper sur la digue qui nous sépare de la mer, la colère des flots nous surprend, la houle s’est amplifiée, un vert sombre, inquiétant a remplacé le bleu pâle ; elle paraît plus puissante, furieuse, ses coups contre les alignements de rocs sont plus lourds, plus profonds, la mer boxe, pugnace, combat sans relâche pour gagner de l’espace, envahir, s’étendre, et ne recule que pour mieux frapper, inépuisable, obstinée. Nos yeux, un instant se portent sur la gauche et oublient tout, éblouis, buvant littéralement ce qu’ils voient : Une plage inconnue, infinie, à perte de vue s’étend comme une page blanche, un nouveau monde a explorer. Le vent siffle à nos oreilles tandis que le froid s’infiltre sous nos vêtements - même si l’espoir est mince d’avoir à nouveau l’occasion de revenir sur ce site merveilleux - nous décidons d’un commun accord de rentrer. Pour quitter cet endroit sauvage, cette plage privée perdue au fin fond de la Camargue, nul besoin de carte magnétique, la barrière se lève seule dès le museau pointé des véhicules ; malgré nos vœux pieux de ramener un nombre limité de pièces de bois flottés, l’arrière du C15 est encombré de trésors, de petits et grands fragments que nous emportons vers une autre destinée, à l’abri de la destruction, pour notre seul plaisir.
    A Flots perdus

    Posté par A Flots perdus, vendredi 19 septembre 2008 à 14:42
  • Entre camargue et Côte d'azur

    A Flots perdus – Marcher dans le pas des glaneurs.
    Bois flottés.
    Camargue, octobre 2006, 10h30mn : A gauche le canal, à droite les marais ; cahotés par la digue à peine praticable, nous sommes stoppés à 1 kilomètre de la mer. L'eau, poussée par le mistral, a creusé un chenal qu'il est impossible de traverser en voiture. Chargés de sac à dos, nous nous déchaussons et marchons sur le bord du marais, mouillant nos genoux, pour traverser l'obstacle liquide. Ici, c'est "Terra Incognita", une indicible angoisse se mêle à notre enthousiasme - sensation d'être des enfants face à l'inconnu - ce lieu, sous ses aspects merveilleux est rude pour le "vivant" car lors des "coups de mer hivernaux", les vagues enjambent allègrement les digues pour déferler sur la terre craquelée, poussant et traînant avec elles, en elles, d'énormes bois flottés que l'on trouve parfois à des centaines de mètres du rivage, esseulés. Le sac et le ressac rythment notre marche, de longues plages de sable fin s'intercalent entre des sites protégés par les épis de pierres où la végétation vient prendre racine dans la mer. Notre but, atteindre l'embouchure du petit Rhône quelques 5 km plus loin puis, revenir sur nos pas et convertir la ballade en quête. Un abri, une grande cabane construite de troncs de bois flottés empilés nous accueille pendant que les oiseaux de mer - seuls êtres rencontrés - survolent nos têtes balayées par le vent. Quelques minutes de repos puis, goût du café sur les lèvres, nous poursuivons notre balade. Les bois flottés sont légions - l'embouchure est proche - un véritable cimetière de "petits et grands voyageurs échoués". Les brindilles amoncelées tiennent compagnie à des troncs de plus de 20 mètres de long ; ces squelettes d'arbres - témoins de la puissance et de la violence des éléments naturels - parfois couchés sur les digues, parfois dressés face à la mer, semblent guetter quelque chose au loin qu'humains nous ne verrons jamais.
    Terminus. Amarré de l'autre côté du fleuve, un bateau à aubes style "Mississipo-Camarguais", le Tiky, se dessine en premier plan des Saintes Maries de la mer. Enfin parvenus à la source de notre "désir de création", au coeur du système naturel qui consiste à voir les arbres descendre les fleuves puis s'échouer sur le sable pour être ensevelis et consolider les dunes, nous décidons de faire une courte halte. Requinqués par nos sandwichs saupoudrés de grains de sables, nous reprenons notre marche et, chemin faisant, glanons quelques pièces qui nous inspirent pour l'élaboration de nos futures sculptures ou nous attirent simplement par leur beauté intrinsèque. Au fur et a mesure, les sacs se font lourds et le sable bien plus mol qu'à l'aller ; cependant, nous marchons inlassablement, les yeux rivés au sol, zigzagant entre les amas de bois, se baissant des dizaines de fois, émerveillés de chaque découverte, presque oubliant le vent qui redouble de violence et le déclin du soleil.
    Dernière halte, le sommet de la digue nous accueille. Dernier regard au bleu de la mer dont la courbe envahie l'horizon, à ses milliards de mètres cubes assoupis, au corps de cette "chose" informe d'une infinie puissance que nul ne peut entraver. Quelques minutes de pure contemplation passent, le temps de se poser des questions poétique "...Si la mer est le berceau de l'humanité et les vagues le mouvement de va et vient du balancier, qui berce la mer ?" ...le froid nous gagne, il faut rentrer. De nouveau nos pieds nus pénètrent dans l'eau, deux ombres longues nous précèdent sur les derniers mètres de marche, et le soleil, boule orange, semble attirer à lui le marais qui se soulève. Notre véhicule est toujours là, nous déposons notre précieuse cargaison dans le coffre avant de nous engouffrer dans l'habitacle, échevelés de sable et frissonnant. Nos oreilles bourdonnent, c'est comme saoul que nous prenons le chemin du retour éclairé par les phares pour retourner sur Arles.
    Verres dépolis.
    Côte d'azur, novembre 2006, 13h. L'air iodé nous saute aux narines, dans cette crique aux fonds marins bleu profond cernée de rochers déchiquetés, le sable est rare, le galet roi et les vagues émettent un doux bruit de concassage. Contrairement aux bois flottés, pour glaner les verres dépolis la marche est peu utile, il faut savoir s'arrêter et longuement fouiller "les yeux dans les galets" pour les trouver. Dans l'eau, ils brillent de milles feux mais le sac et le ressac les balaient avant qu'on puisse les saisir ; sur le rivage, suivant leur teinte et la position du soleil, vous pouvez chercher de longues minutes sans en trouver un seul. Les nuances de teinte sont multiples, malgré ce, on peut les classer en 4 grands ensembles : Les "teintés vert", les plus communs et aussi les plus facile à repérer car leur couleur se détache facilement de celle des galets ; ensuite viennent les "teintés blanc", moins visibles car transparents mais relativement nombreux, puis ce sont les "teintés oranges/jaunes" qui eux sont plus rares et se confondent avec les galets, et enfin les "Violets et Rouges" rarissimes, et donc, par nous, les plus recherchés. Lorsqu'il nous arrive de dénicher un "violet" ou un "rouge"», à l'instar de l'orpailleur découvrant une pépite, nous nous sentons riches et comblé par le destin. A ce jeu de patience et d'attention soutenue, nous pouvons passer des heures dans notre bulle et tout oublier des contingences de la vie, concentrés, ignorant les flâneurs dont les enfants parfois viennent nous demander "Vous ramassez quoi ?" puis, une fois renseignés, courent réclamer un sac à leurs parents pour faire de même. Au fur et à mesure que l'après-midi avance, nos poches s'alourdissent et ce n'est que le soir venu - quand il est devenu impossible de distinguer les galets des verres dépolis - que nous rentrons pour les trier par teinte et par taille (les plus petits peuvent avoir la grosseur d'une tête d'épingle). Les nuits qui suivent nos cueillettes, dès l'instant ou nous fermons les yeux, viennent s'imprimer derrière nos rétines l'image de perles de verres sur des lits de galets.
    Sculptures fonctionnelles en bois flottés et verres dépolis.
    Une fois la récolte terminée, dans le secret de notre atelier, nous marions ces bois flottés en respectant leurs formes initiales et sertissons dans leurs interstices des verres dépolis et autres "rendus de la mer" (fer, coquillage, os…) pour les métamorphoser en pièces uniques, sincères et sereines. Composées uniquement de matériaux voués à disparaître et, de par leur statut d'objet fonctionnel nos créations, ont une empreinte écologique faible et inscrivent notre démarche artistique dans la thématique du développement durable.
    A Flots perdus 2006
    Couple d'artistes - Arles
    Site : http://www.bois-flottes.com

    Posté par A Flots perdus, jeudi 14 décembre 2006 à 13:44

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